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Blog · 7 novembre 2026 · 6 minutes de lecture

La courbe de l'oubli : ce qu'Ebbinghaus a vraiment mesuré

On la cite partout, souvent avec des chiffres qu'elle ne contient pas. Voici ce que Hermann Ebbinghaus a mesuré en 1885, ce que sa courbe dit vraiment, et ce qu'on peut en faire quand on veut se souvenir d'un livre.

Une expérience sur lui-même

Ebbinghaus veut mesurer la mémoire sans que le sens s'en mêle. Il invente des syllabes qui ne veulent rien dire, une consonne, une voyelle, une consonne, et les apprend par listes, jusqu'à pouvoir les réciter sans faute. Puis il attend : vingt minutes, une heure, un jour, un mois. Et il réapprend la même liste.

Sa mesure est astucieuse. Il ne compte pas les syllabes dont il se souvient, il compte le temps gagné au réapprentissage. S'il lui faut deux fois moins de répétitions la seconde fois, il a « économisé » la moitié du travail : il en reste donc une trace, même s'il ne pourrait pas réciter la liste.

Ce que montre la courbe

Économie au réapprentissage selon le délai, d'après Ebbinghaus (1885) 58 % après vingt minutes, 44 % après une heure, 36 % après neuf heures, 34 % après un jour, 28 % après deux jours, 25 % après six jours, 21 % après un mois. 20 %40 %60 % 58443634282521 20 min1 h9 h1 j2 j6 j31 j
Part du travail économisée en réapprenant une liste, selon le délai (échelle du temps logarithmique). Chiffres d'Ebbinghaus, 1885.

La forme est nette : la perte est massive au début, puis ralentit. Au bout d'une heure, plus de la moitié du travail est déjà à refaire ; un mois plus tard, un cinquième reste pourtant acquis. Ce n'est pas une chute régulière, c'est une pente raide suivie d'un long plateau qui descend doucement.

En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros ont refait l'expérience avec la même méthode, sur un seul sujet comme Ebbinghaus. Ils retrouvent la même courbe, avec un détail en plus : une petite remontée autour de vingt-quatre heures, que les auteurs relient au sommeil.

Ce qu'elle ne dit pas

Comment la redresser

La bonne nouvelle d'Ebbinghaus, c'est l'économie elle-même : réapprendre va plus vite, et chaque retour laisse une trace plus solide que la précédente. Deux gestes en tirent le meilleur parti.

Se tester plutôt que relire. Aller rechercher l'idée de mémoire, sans le texte sous les yeux, fixe davantage que la revoir. C'est l'effet de test, détaillé dans Comment retenir ce qu'on lit.

Espacer, et de plus en plus. En 2008, Nicholas Cepeda et ses collègues font apprendre des faits à plus de 1 300 personnes, avec des écarts de révision et des délais de test variés. L'écart idéal grandit avec la durée pendant laquelle on veut se souvenir : quelques jours pour un test dans une semaine, plusieurs semaines pour se souvenir dans un an. Réviser trop tôt aide peu, réviser un peu tard coûte moins qu'on ne croit.

On ne lutte pas contre la courbe en relisant plus. On la redresse en allant chercher l'idée de mémoire, au moment où elle commence à s'effacer.

Avec Échos

Échos applique ces deux gestes à tes lectures. Après une session, tu dictes trente secondes ; l'appli en fait une fiche dans tes mots avec une question. Sept jours plus tard, la question revient et tu réponds de mémoire. Deux semaines après ta réponse, elle revient une dernière fois : l'écart grandit, comme le conseille la recherche.

Sans compte, sans publicité, deux livres gratuits pour toujours. Échos sur Google Play.

Sources