Carnet de lecture : quoi noter après un livre
Un carnet de lecture rempli de citations recopiées se relit rarement, et retient peu. La recherche sur la prise de notes dit pourquoi, et ce qu'il vaut mieux écrire à la place : quatre lignes, avec tes mots.
Recopier n'est pas retenir
En 2014, Pam Mueller et Daniel Oppenheimer font prendre des notes à des étudiants pendant une conférence, les uns sur ordinateur, les autres à la main. Ceux qui tapent écrivent plus, mais recopient davantage mot pour mot. Aux questions de compréhension, ils font moins bien. L'explication des auteurs : recopier se fait sans traiter le contenu, alors que résumer avec ses mots oblige à choisir et à comprendre.
Une réplication plus large, en 2019, par Kayla Morehead, John Dunlosky et Katherine Rawson, ne retrouve pas d'écart net entre le clavier et le stylo. Le point qui tient, c'est l'autre : plus on recopie, moins on traite. Peu importe l'outil, c'est la reformulation qui compte.
Souligner et relire : les techniques les moins utiles
En 2013, John Dunlosky et quatre collègues passent en revue dix techniques d'apprentissage courantes et les notent selon les preuves disponibles. Le surlignage et la relecture finissent en bas du classement : faciles, rassurantes, et peu efficaces. En haut, on trouve se tester et espacer les révisions dans le temps.
Un carnet fait de passages soulignés reproduit exactement ce qui marche le moins. Il donne l'impression d'avoir travaillé, sans le travail qui fixe le souvenir.
Une fiche en quatre lignes
Juste après avoir refermé le livre, ferme aussi tes notes, et réponds à quatre questions.
- L'idée principale, en une phrase. Pas un résumé de l'intrigue ou des chapitres : ce que tu dirais à quelqu'un qui te demande « ça parle de quoi ? ».
- Ce qui t'a marqué, et pourquoi. Le « pourquoi » compte. En 1994, Michelene Chi et ses collègues montrent que les lecteurs qui s'expliquent à eux-mêmes ce qu'ils lisent comprennent mieux un texte difficile que ceux qui le lisent deux fois.
- Une chose à faire, avec un quand. « Être plus patient » ne mène nulle part. « Le soir, poser le téléphone dans l'entrée » a une chance. Peter Gollwitzer appelle cela une intention de mise en œuvre : un plan « quand telle situation, je fais ceci ». En 2006, avec Paschal Sheeran, il rassemble 94 études : ces petits plans augmentent nettement les chances de passer à l'acte.
- Une question pour plus tard. Une question à laquelle tu devrais savoir répondre dans une semaine. C'est elle qui servira à te tester, plutôt qu'à relire. Le premier article de ce blog explique pourquoi : comment retenir ce qu'on lit.
Ces quatre lignes tiennent sur une fiche bristol, une page de carnet ou un écran de téléphone. Elles n'ont pas besoin d'être bien écrites. Elles ont besoin d'être les tiennes.
Un exemple
Après deux chapitres d'un roman sur un village où l'on vit sans horloge :
- Idée principale
- Le temps perdu n'est pas celui qu'on gaspille, mais celui qu'on refuse de regarder.
- Ce qui m'a marqué
- La scène de la pendule que Louise remonte chaque soir, alors qu'elle sait qu'elle ne marche plus. Je fais pareil avec ma liste de choses à faire.
- À appliquer
- Le dimanche soir, une heure sans rien prévu, et la noter dans l'agenda.
- Question pour plus tard
- Qu'est-ce que la pendule de Louise dit de ma façon de remplir mes journées ?
Les Heures lentes, Maëlle Ferrand : roman imaginaire, pour l'exemple.
Revenir à la fiche, pas au livre
Une fiche sert deux fois. Une semaine plus tard, relis seulement la question et réponds de mémoire, avant de regarder le reste. Un mois plus tard, relis la ligne « à appliquer » et demande-toi honnêtement où tu en es. Si tu ne l'as pas fait, réécris-la plus petite. Si tu l'as fait, note ce que ça a changé : c'est souvent la ligne la plus intéressante du carnet.
Une bonne fiche de lecture ne résume pas le livre. Elle garde la trace de ce que le livre t'a fait.
Avec Échos
Échos remplit ces quatre lignes à partir de ta voix. Après ta lecture, tu parles trente secondes ; l'appli en fait une fiche avec l'idée principale, ce qui t'a marqué, ce que tu veux appliquer et une question, en reprenant tes mots, sans rien y ajouter. Sept jours plus tard, la question revient. Un mois après, Échos te demande où tu en es avec ce que tu voulais appliquer.
Sans compte, sans publicité, deux livres gratuits pour toujours. Échos sur Google Play.
Sources
- Mueller, P. A. et Oppenheimer, D. M. (2014). The pen is mightier than the keyboard: Advantages of longhand over laptop note taking. Psychological Science, 25(6), 1159-1168. doi:10.1177/0956797614524581
- Morehead, K., Dunlosky, J. et Rawson, K. A. (2019). How much mightier is the pen than the keyboard for note-taking? A replication and extension of Mueller and Oppenheimer (2014). Educational Psychology Review, 31, 753-780. doi:10.1007/s10648-019-09468-2
- Dunlosky, J. et al. (2013). Improving students' learning with effective learning techniques. Psychological Science in the Public Interest, 14(1), 4-58. doi:10.1177/1529100612453266
- Chi, M. T. H. et al. (1994). Eliciting self-explanations improves understanding. Cognitive Science, 18(3), 439-477. doi:10.1207/s15516709cog1803_3
- Gollwitzer, P. M. (1999). Implementation intentions: Strong effects of simple plans. American Psychologist, 54(7), 493-503. doi:10.1037/0003-066X.54.7.493
- Gollwitzer, P. M. et Sheeran, P. (2006). Implementation intentions and goal achievement: A meta-analysis of effects and processes. Advances in Experimental Social Psychology, 38, 69-119. doi:10.1016/S0065-2601(06)38002-1